23/10/2008Un médicament serait-il capable de guérir la sclérose en plaques ?

Un article du journal «Le Monde », paru dans l’édition du 23 octobre 2008, fait référence aux travaux d’une équipe de chercheurs de l’université de Cambridge qui a publié, à la même date, les premiers résultats d’une étude en cours. Selon cette publication du « New England Journal of Medecine », un médicament développé à l’origine pour traiter la leucémie permettrait de « stopper voir inverser certains effets de la Sclérose en Plaques (SEP) ».
Si ces informations paraissent porteuses de grands espoirs, il semble néanmoins indispensable de les entourer d’un maximum de précaution tant que la communauté scientifique n’aura pas validé de manières très officielle ces premières informations.
La réaction de l'ARSEP l'assocation pour la recherche sur la Sclérose en plaques
L'alemtuzumab est un anticorps monoclonal qui cible une molécule présente sur les lymphocytes et les monocytes. Ce traitement est fortement immunosuppresseur puisqu'il permet de détruire les lymphocytes T et module le répertoire des lymphocytes mémoire. Le système immunitaire est alors fortement affaibli.
Ce traitement est à l'essai depuis 1991. Il a d'abord été testé dans les formes secondairement progressives où il a suggéré un effet sur les poussées mais nullement sur la progression du handicap.
Les essais cliniques ont été interrompus à plusieurs reprises en raison d'effets secondaires graves, certains entrainant le décès du patient.
L'étude de phase II qui est présentée dans cet article a été menée chez 334 patients atteints de SEP rémittente. Elle s'est déroulée sur 3 ans. Les critères d'inclusion étaient : un début de la maladie depuis moins de 3 ans ; au moins 2 poussées au cours des 2 dernières années ; un EDSS inférieur ou égal à 3 (échelle de handicap allant de 0 à 10 ; 0 = aucun handicap); au moins une lésion active en IRM. La prise antérieure d'un traitement était un critère d'exclusion. L'ensemble des patients a été divisé en 3 groupes équivalents : 2 recevaient l'Alemtuzumab à raison de 12mg ou 24 mg par jour ; l'autre groupe recevait l'interféron béta.
L'essai clinique a du être interrompu entre Septembre 2005 et Mai 2007, en raison d'effets secondaires graves (dont un décès) observés chez les patients sous alemtuzumab. Ainsi, certains patients sous alemtuzumab n'ont pu terminer l'étude. Les résultats observés sur l'efficacité du traitement sont similaires dans les 2 groupes à 12 ou 24 mg par jour d'alemtuzumab.
Les résultats suggèrent que l'alemtuzumab a une efficacité supérieure à l'interféron béta sur les poussées et la progression du handicap s'il est initié au début de la maladie. Cependant sa prise entraine une diminution rapide des lymphocytes après le début du traitement et des effets secondaires très importants.
L'étude qui vient d'être publiée est une étude de phase 2, donc encore trop préliminaire pour évaluer le bénéficie/risque de ce produit, et donc le proposer à de jeunes personnes qui viennent d'être diagnostiqués. Une étude de phase 3 débute. Cette étude internationale à laquelle plusieurs centres français participent, est indispensable pour valider ces résultats encourageants.
The CAMMS223 Trial Investigateurs, International.
The New England Journal of Medicine, Octobre 2008.
