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Interview d'Etienne Hirsch

Recherche

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Le Docteur Etienne Hirsch est Directeur de Recherche et Responsable d’un laboratoire à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. Son laboratoire est placé sous les trois tutelles de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC), de l’INSERM (U975) et du CNRS (UMR7225). Et il est, depuis janvier 2009, directeur adjoint du nouveau Centre de Recherche de l’Institut du Cerveau et de la Moëlle Epinière (CRICM) situé dans l’enceinte du groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Il a été pendant plusieurs années Président du Conseil scientifique de la FRC jusqu'à fin 2009, et parallèlement Président de la Société des Neurosciences qui regroupe plus de 2500 chercheurs français spécialisés dans ce domaine.

Question 1

Pourquoi est-il si important de soutenir la recherche sur le cerveau dans notre pays ?
On parle beaucoup de la maladie d’Alzheimer, mais combien de patients en France sont-ils aujourd’hui touchés par une autre maladie neurologique ? Par rapport aux personnes touchées par le cancer ou le VIH, l’écart est-il important ? Les sommes consacrées à la recherche dans le domaine des neurosciences sont-elles proportionnellement comparables ?

Réponse 1


Dr Etienne Hirsch : De près ou de loin, on peut considérer qu’aujourd’hui en France un quart de la population est touchée dans son entourage par une maladie neurologique :
- Entre 800 000 et 900 000 personnes pour la maladie d’Alzheimer
- 500 000 pour l’épilepsie
- 100 000 à 120 000 pour la maladie de Parkinson
- Au moins 80 000 pour la Sclérose en Plaques
- 130 000 cas d’AVC par an
- 12 000 cas de suicides chaque année.

Ce sont au moins trois millions de personnes qui sont concernées.

Sur la durée d’une vie on estime qu’entre 17 et 19% de la population a souffert de dépression.

Certains ont parfois l’indécence de prétendre qu’on « inventait » de nouvelles maladies pour permettre aux laboratoires pharmaceutiques d’augmenter leurs revenus !

La réalité, c’est qu’on a considérablement amélioré la compréhension du système nerveux et que l’on a pu en conséquence préciser les diagnostics. La durée de vie a parallèlement augmenté. Or plus on vieillit plus on augmente les risques de développer ce type de maladies. Alors que faire ? Arrêter d’augmenter la durée de vie ?

En 2005, on recensait en France 150 000 personnes séropositives, 700 000 personnes atteintes d’un cancer. Les sommes affectées à la recherche sur ces maladies sont très largement supérieures à celles qui sont consacrées à la recherche en neurosciences.

Comment expliquer ce décalage ? Parce que dans notre pays il n’y a aucun lobbying au profit de ce domaine de la recherche scientifique. Le développement de ce secteur est encore récent, les nouvelles technologies permettent d’avancer rapidement, mais la communauté scientifique et les associations n’ont pas encore suffisamment mené d’actions de mobilisation au niveau des institutions et des instances politiques et économiques. C’est très certainement un des défis à relever par la FRC pour les dix prochaines années…
 

Question 2

Par rapport aux autres pays européens, comment la France se situe-t-elle dans ce domaine en termes de
résultat obtenus mais aussi de moyens mis à la disposition des équipes ?

Réponse 2


Dr Etienne Hirsch : En termes de financement, la France se situe au troisième rang, après la Grande-Bretagne et l’Allemagne, où les crédits sont beaucoup plus importants.
Ailleurs dans le monde, les Etats-Unis et le Japon ont depuis longtemps mis en place des « plans cerveau ». Une étude récente du NIH (National Institute for Health) démontre que les investissements dans la recherche sur le cerveau sont extrêmement profitables à l’ensemble de la société. Les nouveaux médicaments profitent à tous. Cette étude démontre qu’en 5 ans les investisseurs dans ce domaine de la recherche multiplient leur mise de départ par deux !

Question 3

Avez-vous le sentiment qu’en dix ans les Pouvoirs publics et les Français ont pris conscience des enjeux que représentent la recherche en neurosciences et les maladies neurologiques pour notre société et pour celle des générations futures ?

Réponse 3


Dr Etienne Hirsch : Oui, la prise de conscience s’est améliorée, mais je ne pense pas que le problème soit bien compris dans sa globalité. En tout cas à quel point le fait de développer le financement de ce domaine de la recherche est non seulement une nécessité, mais doit devenir une priorité nationale.
Et en cette période de difficulté économique, où la tentation de réduire les crédits est forte, il serait catastrophique que chacun prêche pour sa propre chapelle. Seules une union et une cohérence fortes permettront de faire comprendre à tous la nécessité de mettre en place un plan global.

Question 4

Les nouvelles découvertes dans la compréhension du cerveau soulèvent des inquiétudes et des problèmes d’ordre éthique. Neuro économie, neuromarketing, utilisation de l’imagerie cérébrale à des fins judiciaires, faut-il avoir peur de la recherche en neurosciences ?

Réponse 4


Dr Etienne Hirsch : Depuis toujours le rôle du neuromarketing et de la publicité est de faire passer des messages pour vendre davantage… Les publicitaires font depuis toujours du marketing mais maintenant on se rend compte de ce qu’ils faisaient…
Et à partir du moment où on le sait, cela devrait permettre de mettre en place un encadrement éthique à leurs pratiques !
Cet encadrement éthique est bien sûr indispensable pour éviter d’éventuelles dérives.

Question 5

Les gens disent/pensent souvent que le financement de la recherche est du domaine de l’Etat. En tant que chercheur, qu’en pensez-vous ?

Réponse 5


Dr Etienne Hirsch : Dans les pays anglo-saxons, quand une personne a réussi dans la vie grâce à la société, elle estime qu’elle a le devoir de redonner à son tour à la société et notamment à son école ou à son université. En France, ce n’est pas, ou pas encore, le cas ! On a donc absolument besoin du grand public. Plus le public se mobilisera pour financer la recherche en neurosciences, plus nous pourrons peser sur les pouvoirs publics pour qu’ils contribuent en proportion. Les sommes concernées ne doivent pas être considérées comme des dons, mais bien comme des investissements. Qui sont avant tout destinés à mettre au point des traitements dont l’efficacité servira à l’ensemble de notre société.