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Interview de Pierre Le Coz

Ethique

 

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Monsieur Pierre LE COZ, vice-Président du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) et Pr agrégé en philosophie à la Faculté de Médecine de Marseille a accepté de nous parler des neurosciences et de leur encadrement par le CCNE. Le CCNE est un organisme consultatif totalement indépendant dont les principales missions sont d’éclairer les progrès de la science, soulever des enjeux de société nouveaux et poser un regard éthique sur ces évolutions.

Question 1

Avant de vous poser notre première question pouvez-vous nous indiquer quelle est, pour le CCNE la définition de l’éthique ?

Réponse 1


Pr Pierre LE COZ : l’Ethique est la réflexion que suscite un conflit possible entre deux valeurs distinctes : entre le bénéfice de l’ individu et celui de la collectivité. Par exemple dans la maladie d’Alzheimer, l’idée d’un vaccin et de sa recherche se font au détriment d’individus mais les réactions qu’ils provoquent et les conséquences sur le cerveau de ces individus peuvent permettre de dégager des connaissances qui seront utiles à l’ensemble de la collectivité.
Par exemple au niveau de l’individu, le fait de pratiquer une ponction lombaire entraîne une douleur et il faut tout faire pour éviter la douleur inutile…

La justification de l’expérimentation scientifique doit être une valeur collective.

Question 2

Les données recueillies lors d’examen comme l’IRM cérébrale sont-elles aujourd’hui protégées ?

Réponse 2


Pr Pierre LE COZ : Pour protéger le citoyen, on peut anonymiser le nom des personnes en les remplaçant par des numéros mais on peut toujours craindre la subtilisation des données pour diverses raisons. Mais le plus préoccupant, c’est sans aucun doute la naïveté déconcertante avec laquelle les gens livrent sans même en être conscients des données sur internet. En principe, c’est le rôle de l’Etat de protéger le citoyen.

Question 3

Pensez-vous qu’il sera nécessaire dans les prochaines années d’encadrer la recherche dans ce domaine par un dispositif législatif ?

Réponse 3


Pr Pierre LE COZ : Au niveau européen, c’est la notion bénéfice/risque qui prime. En France, pour mener des expériences scientifiques dans le champ psychiatrique, il est obligatoire d’obtenir une expertise éthique avant publication. Mais, il faut veiller à ce que la notion d’éthique ne soit pas un frein et qu’elle ne soit en aucun cas confondue avec la notion de norme.

Il serait sans doute très intéressant d’apporter aux chercheurs et aux futurs chercheurs une formation à l’éthique.

Il faut par ailleurs beaucoup se méfier de la version procédurale du principe de précaution. Il faudrait dès qu’un risque possible existe qu’un tour de table soit imposé pour prise de décision. Et de vérifier s’il n’y a pas davantage de risques à faire qu’à ne pas faire.

Il est également très important d’utiliser la recherche pour comprendre les phénomènes et surtout pas pour juger. Il faut distinguer une vision très biologique de l’homme. Si les gens avaient davantage conscience qu’ils ont un cerveau, ils seraient moins enclins à la violence. On ne maitrise pas toutes nos conduites. Notre cerveau a sa configuration propre et c’est souvent lui qui explique nos comportements.

Revenir à la philosophie des anciens qui disait qu’il n’existe pas en réalité de libre arbitre pourrait bien avoir des vertus éthiques…

Quand l’homme pense qu’il est libre de faire du mal à l’autre, c’est qu’il sera violent.

Mais ce qui est certain, ce que l’on sait maintenant et que l’on a démontré, c’est que quand le cerveau est altéré, notre comportement ne fonctionne plus comme avant.

On a pendant un temps évoqué la possibilité pour le problème de la pédophilie que celui-ci soit lié à un problème cérébral. Mais que dire des addictions ? On est de plus en plus près de démontrer qu’il y a dans l’addiction à l’alcool, aux drogues, une part vraisemblablement de facteurs purement physiologiques dont l’origine pourrait fort bien se situer dans le cerveau.