Pr Pierre LE COZ : Au niveau européen, c’est la notion bénéfice/risque qui prime. En France, pour mener des expériences scientifiques dans le champ psychiatrique, il est obligatoire d’obtenir une expertise éthique avant publication. Mais, il faut veiller à ce que la notion d’éthique ne soit pas un frein et qu’elle ne soit en aucun cas confondue avec la notion de norme.
Il serait sans doute très intéressant d’apporter aux chercheurs et aux futurs chercheurs une formation à l’éthique.
Il faut par ailleurs beaucoup se méfier de la version procédurale du principe de précaution. Il faudrait dès qu’un risque possible existe qu’un tour de table soit imposé pour prise de décision. Et de vérifier s’il n’y a pas davantage de risques à faire qu’à ne pas faire.
Il est également très important d’utiliser la recherche pour comprendre les phénomènes et surtout pas pour juger. Il faut distinguer une vision très biologique de l’homme. Si les gens avaient davantage conscience qu’ils ont un cerveau, ils seraient moins enclins à la violence. On ne maitrise pas toutes nos conduites. Notre cerveau a sa configuration propre et c’est souvent lui qui explique nos comportements.
Revenir à la philosophie des anciens qui disait qu’il n’existe pas en réalité de libre arbitre pourrait bien avoir des vertus éthiques…
Quand l’homme pense qu’il est libre de faire du mal à l’autre, c’est qu’il sera violent.
Mais ce qui est certain, ce que l’on sait maintenant et que l’on a démontré, c’est que quand le cerveau est altéré, notre comportement ne fonctionne plus comme avant.
On a pendant un temps évoqué la possibilité pour le problème de la pédophilie que celui-ci soit lié à un problème cérébral. Mais que dire des addictions ? On est de plus en plus près de démontrer qu’il y a dans l’addiction à l’alcool, aux drogues, une part vraisemblablement de facteurs purement physiologiques dont l’origine pourrait fort bien se situer dans le cerveau.