Etienne HIRSCH : En 2003, la FRC a financé les travaux de l’équipe de Daniel Choquet et Marie-Laure Martin Négrier à Bordeaux. C’était un projet d’imagerie cellulaire. La question posée par l’équipe était « comment des molécules chimiques se promènent-elles dans les neurones ? ».
Un médicament va agir en se liant sur des récepteurs et agir un peu comme une clé pour ouvrir une serrure (le médicament étant représenté par l’image de la clé). Pour ouvrir la porte, c’est-à-dire pour soigner, ou pour corriger les dysfonctionnements cellulaires entraînés par la maladie, on est obligé d’utiliser plusieurs clés car différents types de serrures existent, et différentes cellules sont concernées.
Cette équipe s’est rendu compte que les serrures ne sont pas figées une fois pour toutes, mais qu’au contraire, elles sont en quelque sorte mouvantes. Et que si on met la clé dans une première serrure, on va provoquer une réaction au niveau d’une autre serrure.
Pour mener ses travaux, cette équipe a utilisé une technique microscopique à très haute avec résolution. L’application clinique immédiate de cette découverte, c’est de trouver quelle association va permettre de favoriser l’effet du médicament.
Puis se pose la question de ce qui se passe lorsque l’on donne un médicament plusieurs fois : la deuxième prise est-elle vraiment efficace ? Passe-t-elle par la bonne « voie » pour provoquer l’effet recherché ? Si une voie s’est révélée la bonne pour la 1ère dose va-t-elle être la bonne pour la deuxième dose ? Ou bien faut-il en trouver une autre ? Cette démarche permet de comprendre avec précision les mécanismes qui vont permettre aux médicaments de provoquer l’effet recherché au niveau des cellules !
En 2008, l’équipe du Dr Choquet a obtenu un financement du European Brain Research Council, qui est un organisme excessivement sélectif au niveau européen. Le niveau de compétitivité est particulièrement élevé et l’obtention d’un financement par cette organisation est un signe manifeste de reconnaissance par la communauté internationale. Cette récompense est indirectement un hommage rendu à la qualité du conseil scientifique de la FRC qui a soutenu cette équipe dès les débuts de ses travaux.
En 2004, la FRC a soutenu les recherches de l’équipe de Pierre Marie LLEDO de l’Institut Pasteur à Paris. Ce travail concernait la compréhension du mécanisme de l’olfaction : comment les neurones parlent-ils entre eux pour comprendre les odeurs ? Comment ces cellules sont-elles stimulées par des odeurs ? Pierre Marie LLEDO s’est rendu compte que lorsque l’on soumet un animal à de nouvelles odeurs, de nouvelles cellules se créent.
Tout au long de notre vie, de nouvelles odeurs entraînent dans notre système nerveux l’apparition de nouvelles cellules, de nouveaux neurones.
Ce qui suppose que certains types de neurones correspondent sans doute à certains types d’odeurs. Cette information peut se révéler capitale pour comprendre les raisons de la perte de l’odorat dans certaines pathologies.
On est arrivé à identifier l’endroit précis de notre cerveau où de nouveaux neurones se créent au moment de la mise en relation avec de nouvelles odeurs.
Par ailleurs on a découvert que des personnes atteintes de la maladie de Parkinson avaient avant que la maladie ne soit diagnostiquée montré des difficultés à reconnaître certaines odeurs.
La mise en commun de ces deux informations va très certainement permettre un jour de diagnostiquer plus précocement chez des sujets jeunes la possibilité de développer la maladie de Parkinson et donc peut-être un jour de prévenir voir d’empêcher l’apparition de cette maladie.
Si l’on parvient à comprendre comment notre système nerveux renouvelle certaines de ses cellules, on pourra peut-être aussi envisager de renouveler des cellules endommagées ou peut-être même de les remplacer.
Le dernier exemple que je souhaiterais présenter est celui de l’équipe du Dr Mohamed Jaber du CHU de Poitiers car il illustre l’intérêt de la recherche fondamentale pour développer de nouveaux traitements pour les maladies neurologiques.
La maladie de Parkinson est caractérisée par une mort des neurones qui produisent de la dopamine et l’équipe du Dr Jaber a greffé chez l’animal des neurones dopaminergiques pour voir comment ils peuvent corriger cette perte neuronale. Toutefois, ces neurones ont besoin de bien s’intégrer dans le tissu de l’hôte.
Pour mieux comprendre, je vais faire une analogie : on pourrait dire que le cerveau, à certains moments, a besoin de « boire » de la dopamine ; il a en quelque sorte soif de dopamine. À certains moments seulement. Pas à d’autres. Cette régulation est effectuée par un réseau de neurones qui va stimuler ou diminuer le degré de soif de dopamine. Or jusqu’à présent les greffes de cellules étaient faites à un endroit où justement cette régulation ne se fait pas ! Le Dr Jaber a pour la première fois effectué une greffe dans une zone où il a pu prouver que la régulation de la dopamine se faisait correctement. Entre l’endroit où l’on introduisait auparavant les cellules greffées et la zone de régulation, il y avait une distance de 3 cm ! Les cellules libéraient donc de la dopamine mais pas correctement.
Cette découverte actuellement effectuée chez l’animal, sera nécessairement utile pour toutes les autres pathologies neurodégénératives si elle se vérifie chez l’homme.
En effet, pour l’instant les travaux de l’équipe de Mohamed Jaber ont été réalisés chez le rat, il serait donc totalement prématuré de tirer des conclusions trop optimistes avant qu’elle n’ait été confirmée chez l’homme.